Si la facture D'importation du blé et des médicaments de part son montant élevé a de tout le temps attiré l'attention des décideurs algériens, il reste que celle de l'importation des véhicules particuliers passe très souvent inaperçue.
Qu'en juge. En 2006, les concessionnaires automobiles ont importé pour deux milliards de dollars en véhicules particuliers. La même année, et selon un chiffre communiqué par le Chef du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem, lors de sa dernière conférence de presse, la facture des importations de blé n’a été que de 975 millions de dollars. La même année la facture d’importation des médicaments a été légèrement supérieure à un milliard de dollars. Donc, en 2006, l’enveloppe en devises fortes consacrée aux importations de véhicules particuliers était presque identique à celle des importations de blé et de médicaments réunies. Et la tendance semble se maintenir en 2007. Selon les dernières statistiques communiquées par les douanes algériennes, il ressort que durant le premier semestre de l’année en cours, les importations automobiles ont progressé de 55% en atteignant 1,6 milliard de dollars. Ce montant représente l’importation de plus de 135 000 véhicules dont 124 500 par les seuls concessionnaires. A ce rythme, on s’attend à ce que la facture des importations automobile frôle les 3 milliards de dollars à la fin de l’année 2007.
Ce qui est énorme pour un pays qui, contre toute logique économique, soutient indirectement la demande intérieure en véhicule particulier tout en n’ayant pas une industrie locale. Une politique qui profite particulièrement aux constructeurs français Renault, Peugeot et Citroën qui accaparent près de 40% du marché algérien automobile. En ce début du mois de septembre, le gouvernement algérien recevra une douche froide en apprenant que le constructeur automobile Renault va investir au Maroc en construisant une usine d’assemblage à Tanger. Cette dernière aura une capacité de production de 200 000 véhicules par an à partir de 2010. Plus tard, il est attendu que cette usine atteigne une production de 400 000 véhicules. Le montant de l’investissement sera de l’ordre de un milliard d’euros tandis que 3 000 emplois directs seront créés et 30 000 autres indirects. C’est Carlos Ghosn, patron du groupe Renault-Nissan, qui signera le protocole d’accord avec le Premier ministre marocain, Driss Jettou. Quelques jours après l’accord de Tanger, le constructeur français automobile rend publics les chiffres de ses ventes dans le monde pour les mois de juillet et août. Il ressort de la lecture des chiffres que les ventes de Renault en Algérie ont bondi de 23,5%, soit la plus forte progression en Afrique en termes de vente et de pourcentage.
Depuis le début de l’année 2007, Renault a vendu 24 246 véhicules en Algérie. En clair, Renault assemble des Logan et des Kangoo à Casablanca, au Maroc, pour les vendre en Algérie. En parallèle, les ventes du constructeur français au Maroc ont fortement chuté de plus de 20%. Seulement 19 484 véhicules de marque Renault ont été vendus au Maroc depuis le début de l’année 2007. Pourtant, au Maroc, Renault dispose d’une usine de montage de véhicules dans la ville de Casablanca : l’usine porte le nom de la Somaca.
Les faux arguments des concessionnaires ( Renault & cie)
En 2004, le constructeur automobile français achète les parts de l’Etat marocain qu’il détient dans la Somaca, une usine de montage automobile située dans la ville de Casablanca. En plus de Renault et de l’Etat marocain, la Somaca était détenue à 20% par Fiat et 20% par Peugeot-Citroën. Mais le marché marocain de l’automobile restait faible. En 2003, seulement 48 500 véhicules neufs ont été vendus au moment où le marché algérien,la même année était trois fois supérieur.
La Somaca arrivait difficilement à produire 18 000 véhicules en 2004.
Autre handicap du marché marocain de l’automobile, sa faible croissance : 5% par an
Mais la stratégie de Renault allait plus loin que le marché marocain. A partir de 2006, Renault devait produire la Logan 90 dans les chaînes de montage de la Somaca. Evidemment, ce véhicule, pas très cher, sera destiné entre autres aux pays maghrébins, en tête l’Algérie, et au reste de l’Afrique.
Au moment où le constructeur français affinait sa stratégie au Maroc, les concessionnaires automobiles jugeaient le marché algérien pas encore important pour nécessiter l’implantation d’une industrie de montage ou d’assemblage automobiles. Un représentant ira même jusqu’à dire un jour sur les colonnes d’un journal qu’il faudrait une demande supérieure à 200 000 véhicules par an pour étudier la possibilité d’installer une usine d’assemblage en Algérie.
Quelle part de vérité dans ce genre de déclarations ? Aucune
Au Maroc et avant que Renault ne prenne possession de la Somaca, cette dernière produisait six gammes de véhicules. Fiat assemblait la Palio et la Siena, Renault, la Kangoo, Peugeot la Partener et Citroën la Berlingo. La plus forte production venait de Fiat avec 9 000 véhicules. Le nombre total de véhicules des quatre constructeurs qui sortaient de la Somaca ne dépassait par les 20 000 unités pour un marché marocain ne dépassant pas les
50 000 véhicules par an.
Malgré cela, les quatre constructeurs européens trouvaient leurs comptes. En Colombie, Renault assemble sa Logan 90 dans la même usine que Toyota. Donc, plusieurs constructeurs peuvent utiliser un même site d’assemblage pour une plus grande rentabilité. Avec plus de 200 000 véhicules par an, l’Algérie est considérée comme le second marché automobile en Afrique après celui de l’Afrique du Sud. Donc toute implantation d’une industrie de montage automobile ne serait que rentable.
Par ailleurs, l’Algérie pourrait profiter de l’expérience de l’Afrique du Sud dans ce domaine. Il y une dizaine d’années, l’Afrique du Sud adoptait une politique d’encouragement de l’industrie automobile. Une politique qui porte le nom de Motor Industry Developpement Plan (MIDP). C’est un programme incitatif et protectionniste qui favorise la croissance de la production locale via des crédits d’impôts et d’exemption de droits de douanes à l’importation. Aujourd’hui, l’Afrique du Sud produit plus de 600 000 véhicules par an sans parler de l’implantation d’une multitude de producteurs de pièce détachée.
L’Algérie dispose de plusieurs atouts pour encourager l’industrie automobile. Le pays produits de l’acier, du verre plat et une multitude d’accessoires. La Tunisie, qui a connu un développement important de la production de la pièce détachée automobile, pourrait être associée dans une stratégie commune dans ce domaine.
Mais en attendant que les pouvoirs publics prennent des mesures pour faire profiter l’économie algérienne de cette forte demande en véhicules particuliers, les constructeurs étrangers continuent de faire de juteux bénéfices sans aucune contre partie productive. Le marché algérien de l’automobile continue d’être boosté par des prix des carburants bas et une politique du crédit à la consommation qui n’a aucune incidence sur la croissance de l’économie nationale.
Il serait temps que l'Etat prenne en charge ce pan de l'économie qu'est l'automobile et mette à plat la stratégie d'implantation des constructeurs !!! Que l'Algérie ne soit pas juste un comptoir commercial !
Source http://www.lanouvellerepublique.com/actualite/lire.php?ida=55045&idc=4
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